Le Uneotsutabon Jinja, gardé par la déesse née des larmes | Le mystérieux bosquet où se croisent les amours tragiques du Man’yo et les lieux sacrés d’anime

Informations générales
Nom : Uneotsutamoto jinja (畝尾都多本神社)
Autres noms : Nakisawa no mori (哭沢の神社), Nakisawa jinja (泣沢神社)
Emplacement : 114 Kinomoto-cho, Kashihara-shi, Nara-ken
Kami vénéré : Nakisawame no kami (哭沢女神)
Accès : Environ 20 minutes à pied depuis la gare de Miminashi (ligne Kintetsu Osaka) ou la gare de Kaguyama (ligne JR Sakurai)

L’identité du kami : les « larmes d’Izanagi » ? Un sanctuaire mystérieux sans Honden

Le Uneotsutamoto jinja se dresse discrètement au pied nord-ouest du Mont Ama-no-Kaguyama, l’une des trois montagnes de Yamato. Ce jinja n’a pas de honden (bâtiment principal) comme on en trouve habituellement dans les sanctuaires. Il présente une forme très rare : un « puits vide » entouré d’une clôture de pierre (tamagaki), situé derrière le haiden (bâtiment de culte), est vénéré comme le shintai (corps sacré du kami) lui-même.

La Nakisawame no kami, vénérée ici, est une déesse à la naissance très dramatique dans la mythologie japonaise. Elle serait née des « larmes » versées par le kami Izanagi, son père, qui pleurait son épouse bien-aimée Izanami, morte en donnant naissance au kami du feu, Kagutsuchi. En d’autres termes, c’est un lieu où l’on vénère les « larmes d’un kami ».

Une « lamentation contre un kami » et une légende de supplication pour la vie, gravées dans le Manyoshu

Ce jinja était anciennement vénéré comme le « kami des supplications pour la vie ». Cependant, un épisode poignant y est associé.
Pendant la période Asuka, lorsque le Prince Takechi, fils de l’Empereur Tenmu, est décédé, un poème composé par la Princesse Hinokuma no Okimi, qui aurait été son épouse, fut inscrit dans le Manyoshu.

« Nakisawa no mori ni miwa sue inoredomo wago Okimi wa takahi shirashinu »
(J’ai offert du saké sacré à la déesse du Nakisawa no mori et prié ardemment pour la prolongation de la vie de mon prince, mais mon souverain s’en est allé au ciel…)

Ce poème est interprété comme un chant de lamentation pour une prière non exaucée, voire un « ressentiment » envers la déesse. Autrefois, les larmes étaient considérées comme un médium reliant les âmes des vivants et des morts, et ce lieu était un site sacré pour des prières sincères de « résurrection des morts ».

Une anecdote : le lien avec les « nakime », pleureuses professionnelles

Il existe une théorie selon laquelle la Nakisawame no kami, le kami vénéré, est la divinisation des « nakime » (pleureuses) qui, dans les funérailles antiques, avaient pour rôle de pleurer à voix haute. Le rituel du « tamahuri » (invocation des âmes), qui consiste à réconforter l’âme du défunt ou à tenter de lui redonner sa force vitale par les pleurs, pourrait être à l’origine de ce jinja.

Pèlerinage des lieux d’anime : comme décor de « Beyond the Boundary »

Le Uneotsutamoto jinja, imprégné d’une atmosphère mystique, est également connu comme un lieu de pèlerinage pour l’anime populaire « Beyond the Boundary » (Kyokai no Kanata), produit par Kyoto Animation.
Dans l’œuvre, il est représenté comme un lieu lié à la « famille Nase », une scène importante de l’histoire, et comme le modèle de scènes marquantes. En particulier, l’atmosphère sereine et quelque peu mélancolique du « Nakisawa no mori » (bois de Nakisawa) qui entoure le sanctuaire, correspond parfaitement à l’univers de l’œuvre. Pour les fans, c’est un endroit important où ils peuvent ressentir l’ambiance dans laquelle vivaient les héros, Mirai Kuriyama et Akihito Kanbara.
Il apparaît également dans le roman et manga « Kamisama no Goyo-nin » (The Divine Clerk), regorgeant d’un charme mystérieux qui ne cesse d’attirer les créateurs contemporains.

Points clés pour votre visite

Bien que le domaine du sanctuaire soit situé au cœur d’un quartier résidentiel, dès que l’on y pénètre, on est enveloppé d’une atmosphère fraîche, comme si l’on ne faisait qu’un avec la nature du Mont Ama-no-Kaguyama. Pourquoi ne pas vénérer le puits, shintai du kami, et vous laisser emporter par les « souvenirs de larmes » qui perdurent depuis l’époque du Manyo ?

par ando